samedi 6 juin 2015

Un jeu

Avec ma grand-mère on jouait au jacquet. Un jeu mystérieux où le plateau de jeu était couvert de longues lances vertes ou noires,  avec des pions, des dés, et des règles compliquées.
J’aimais par dessus tout secouer les gobelets recouverts de cuir noir…Ah…le bruit de ces petits cubes de destin qui décidaient du mien… s’entrechoquant avant de jaillir sur le tapis de velours…
Encore maintenant, il m’arrive de lancer les dés pour prendre une décision. Pair j’attends, impair je fonce…
Mais la vie n’est-elle pas qu’une suite aléatoire de coup de dés ?

Mais la vie n’est-elle pas qu’un jeu perdu d'avance ?


33/166

vendredi 5 juin 2015

Un parfum

Il vendait des légumes, l’été, dans cette ambiance si particulière des marchés de vacances…quand la rue s’emplit d’odeurs chaudes, de bruits, de couleurs. Les robes virevoltent, on sent entre les hommes et les femmes ce courant électrique de clins d’œil, de paroles mutines, de compliments joliment troussés.

Je choisissais mes abricots quand il plongea comme des couteaux ses yeux noirs dans les miens. Ce qui me fit le plus fondre, est-ce le regard de braise, la peau veloutée sous le tee-shirt blanc, ou le fait qu’il me demanda à brûle pourpoint : « Avez-vous lu le Parfum ? »   

32/366

jeudi 4 juin 2015

Action soignée

Une action soignée ? Vous voulez dire quoi, là, Raymond ? Un truc de toubib ? Un tir de sniper, précis et chirurgical ? Un grand ménage de printemps, un époussetage en règle ? Emmener promener Mémé ? Préparer une soupe d’ortie ?

Ah je sais…brosser le chat, de longues minutes, dehors, bien sûr, parce qu’à l’intérieur bonjour les poils… Le regarder apprécier, les yeux mi-clos, qu’on le débarrasse de ses peaux mortes et de ses puces vivantes, ça c’est une action particulièrement soignée. 
Mais il ne faudrait pas que ça me dispense de prendre soin de moi, ces temps-ci.


31/366

mercredi 3 juin 2015

Je n'aime pas


Je n’aime pas la phrase « je n’aime pas ». J’aime encore moins la phrase « je ne t’aime plus ». Je n’aime pas cette consigne. Déjà je n’avais pas aimé la consigne « consigne » mais alors la consigne « je n’aime pas » ce n’est rien de dire que je ne l’aime vraiment pas…ce qui d’ailleurs est plus fort que « je ne l’aime pas vraiment » qui laisse un petit doute, mais combien ?
Vous allez me dire que quand on aime, on ne compte pas, cela veut donc dire que lorsque l’on n’aime pas, on compterait ? Et pour autant, lorsqu'on ne nous aime pas, c’est justement parce qu’on ne compte pas, alors que lorsqu’on nous aime, c'est que l'on compte pour quelqu’un…


30/366

mardi 2 juin 2015

Addiction

- Docteur, je palpite, j’ai des sueurs froides, je transpire, je pâlis, je rougis…
- Quand donc?
- Mais tout le temps, docteur. Dès que j’ouvre un œil, et jusqu’à la nuit noire. Je frémis, je sautille, je soupire…
- Bizarre…
- Fiévreuse comme un bébé qui met ses dents, j’ai des envies de mordre, de savourer, de humer, de toucher. Je me sens comme montée sur une pile électrique.
- mouais...
- Et j’ai le vertige, aussi. Devant un tableau, un paysage, un enfant.  Et je pleure en écoutant Gerschwin. Alors ?
- C’est simple, vous souffrez d’addiction.
- Mais à quoi ?

- A la Vie.
- Et ça se soigne ?
-Hélas non, c'est une maladie mortelle sexuellement transmissible.


29/366

lundi 1 juin 2015

Que reste-t-il de ...?

Que reste-t-il de nos rêves d’hier, aujourd’hui que la pluie de la désillusion s’est abattue sur les carreaux de nos lunettes…
Que reste-t-il de ces fragments de lune qui étaient accrochés à nos songes, quand les possibles fleurissaient au bout de chaque tige comme un printemps des mots, des coeurs ?  Que reste-t-il de nos fous-rires, de nos chansons, de nos souvenirs, de nos projets quand l’autre a décidé de partir ? Un peu de bois flotté sur l’écume de la grève.

Le murmure du vent et l’écho de nos larmes. Et la sensation d’un petit morceau de nous qui se meurt avec lui.


28/366